La course n'est pas une thérapie : Laura Aliberti
Une psychologue et coureuse analyse les liens entre sport, psychanalyse, frustration et santé mentale.
Dans un épisode spécial de Girls Who Run, la psychologue Laura Aliberti aborde les liens entre course à pied et psychanalyse. L'échange explore la valeur des loisirs, la capacité d'être seul et les limites du sport dans la prise en charge de la santé mentale.
Dans cet épisode spécial consacré au mois de sensibilisation à la santé mentale du podcast Girls Who Run, les animatrices Mariana Real et Marcela Fanti accueillent la psychologue et psychanalyste Laura Aliberti pour échanger sur les liens entre sport et équilibre psychologique. Loin d'envisager la course à pied comme un remède miracle à toutes les angoisses, la discussion met en lumière les limites de l'effort physique, la nécessité du repos et le développement de ressources intérieures grâce au mouvement.
Présentation de Laura Aliberti et alliance entre psychologie et course
Laura Aliberti revient sur sa pratique sportive depuis l'enfance et ses débuts en course sur route à partir de 2015. Diplômée en psychologie et formée à la psychanalyse winnicottienne, elle explique comment une vision intégrée du corps et de l'esprit aide à repérer les signaux d'anxiété ou de surmenage, tout en apprenant à composer avec les manques et les déceptions du quotidien.
Le loisir comme jeu chez l'adulte face à l'injonction de productivité
En s'appuyant sur les travaux de Donald Winnicott, l'échange explore le rôle des loisirs perçus comme un retour au jeu chez l'adulte — un espace de créativité et d'expérimentation libéré de toute exigence de résultat. La discussion montre comment l'obsession des données chiffrées et de la performance peut priver le sport de son plaisir, insistant sur l'importance de clarifier ses motivations profondes derrière chaque défi athlétique.
Douleur physique, tolérance à la frustration et musculature psychique
L'épisode établit un parallèle entre la capacité à tolérer l'inconfort physique des entraînements intenses et le développement d'une résistance face aux épreuves émotionnelles de la vie. Laura présente la notion de « musculature psychique », rappelle l'intérêt de valoriser le chemin parcouru plutôt que le simple résultat final, et met en avant l'écriture thérapeutique pour conserver la mémoire de ses ressentis.
Les limites du sport : pourquoi la course ne remplace pas la thérapie
Laura rappelle que, si l'activité sportive procure des bienfaits évidents et s'avère profondément thérapeutique, elle ne saurait se substituer à une psychothérapie. Une démarche d'analyse requiert un cadre professionnel, une méthode et un lieu d'écoute sécurisant pour aborder les sujets douloureux, mettant en garde contre le réflexe consistant à faire porter à la course la responsabilité de régler tous les conflits intérieurs.
La capacité d'être seul et les spécificités de la course et de la natation
La psychologue décrit la capacité d'être seul comme une étape majeure de la maturation affective, en montrant comment le sport offre des instants d'introspection indispensables. Cette séquence compare les sensations du silence intérieur propre à la natation aux multiples stimuli de la course en extérieur, réaffirmant le bienfait d'apprécier sa propre solitude dans un monde hyperconnecté.
Exigence envers soi-même, « idéal du moi » et principe de réalité
Le concept psychanalytique d'idéal du moi est abordé afin d'éclairer la genèse de l'auto-exigence et des comparaisons destructrices. Laura soutient qu'accepter la réalité et ses limites physiologiques ne relève pas de l'échec, mais représente un soulagement indispensable pour durer dans le sport, ce qui implique de savoir s'arrêter et de laisser au corps le temps de guérir en cas de blessure.
Reconnecter avec ses désirs authentiques malgré le flux d'informations
Face à la saturation d'informations et aux attentes de l'entourage, l'invitée invite au recueillement et au silence pour identifier ce qui fait réellement sens. Cette partie examine l'évolution des désirs au fil des ans et la manière dont une organisation intérieure solide permet de mettre à distance les sollicitations des réseaux sociaux afin de renouveler son enthousiasme sportif.
Dernier tour de piste : santé mentale, course et réseau de soutien
Au fil des questions rapides de fin d'émission, Laura Aliberti synthétise les enseignements clés autour de la résilience, des limites individuelles et du refus de ne glorifier que les victoires. La psychologue conclut sur la valeur du soin de soi, tout en rappelant le courage nécessaire pour demander de l'aide et tisser des liens solides de soutien affectif.